Les femmes du Mur

20 février 2026 - 10:00 - 914 vues

Rabbin David TOUBOUL

Bonjour à tous,

Mercredi, à l’occasion de la « néoménie » le premier jour du mois lunaire de Adar (Roch Hodech Adar) nous avons, à Maayane Or comme dans toutes les synagogues, organisé un office spécial, au cours duquel nous avons prié, chanté le Hallel, et sorti la Torah (puisque nous étions Minyan, c’est-à-dire 10 juifs présents) pour en lire l’extrait qui correspond, issu de la paracha Pinhas.

Rien que de très naturel, banal, et normal. 

Nous ne le faisons pas régulièrement depuis très longtemps, mais c’est dans une atmosphère joyeuse, sereine et bienveillante que nous nous sommes retrouvés pour faire ensemble ce que les juifs pratiquants font depuis des millénaires : se réunir pour célébrer le temps qui passe, et l’approche des mo’adim, les fêtes du calendrier de nos ancêtres. 

Ce mois qui vient de débuter, Adar, est le mois dans lequel a lieu la fête de Pourim. C’est dans cette perspective que les sages de la michna nous ont transmis ce petit dicton répété régulièrement : michénikhnass Adar (dès l’entrée, le début du mois de Adar), marbim bésimha (on augmente la joie). 

Il pourra être intéressant de parler, dans une autre occasion, de la signification profonde de ce dicton.

Mais cette année, je voudrais en évoquer une version revisitée, que mes collègues et amis ont diffusée dès mercredi matin : michénikhnass adar, marbim békaas (cette année, le début du mois de Adar est l’occasion de ressentir et d’exprimer… de la colère).

Eh oui ! les plus fidèles parmi vous l’auront remarqué, il y avait longtemps que je ne vous avais pas parlé des femmes du mur, ce groupe de courageuses dont je suis un fervent admirateur, qui va prier au Kotel tous les roch hodech depuis plus de trente ans, en affrontant l’agressivité et la violence de la part d’une minorité de fanatiques qui s’en prennent à eux violemment : sifflets, cris, insultes, doigts d’honneur, crachats, livres de prière déchirés… et depuis quelque temps intimidations, fouilles interminables et injustifiées, et passivité face aux agressions… de la part du service de sécurité censé maintenir l’ordre sur les lieux.

Après avoir accepté un compromis et signé un accord il y a dix ans sans jamais l’avoir réalisé, après avoir été condamné de multiples reprises par la haute cour de justice pour non-respect du principe d’égalité devant la loi et de la liberté de culte, le gouvernement s’entête à démontrer à quel point l’état d’Israël est de moins en moins… un état de droit, libre et démocratique.

Concrètement, que s’est-il passé ? Je le rappelle, on parle d’un groupe de femmes religieuses de tous les courants (orthodoxes, massorti, libéraux ou non affiliés), qui se rassemble à Jérusalem, au « kotel » pour prier, en revendiquant de pouvoir le faire au vu et au su de tous avec Talit et Téfilines. Et de lire dans la Torah quand c’est l’occasion de le faire. Ce groupe se nomme Néchot Hakotel ou « women of the wall », les femmes du mur.

Eh bien mercredi, alors qu’elles tentaient comme tous les mois depuis 30 ans d’accéder à la partie réservée aux femmes pour y prier tranquillement, on leur a interdit l’accès sous prétexte qu’elles portaient avec elles un sefer Torah. Elles ont alors décidé de le lire sur le terre-plein central, là où tout le monde a le droit de se tenir. C’est là que deux d’entre elles ont été arrêtées par la police et emmenées au commissariat pour y être placées en garde à vue. Le motif ? Trouble à l’ordre public.

On croit rêver. Ou plutôt cauchemarder.

Cela se passe en Israël, l’Etat fondé pour servir de refuge au peuple Juif et le protéger contre l’antisémitisme.

La police empêche des Juifs et des Juives de prier sur les lieux saints du judaïsme.

Longtemps, je me suis empêché de prononcer cette phrase tellement elle fait mal au cœur, mais il faut s’y résoudre : l’état d’Israël est la seule démocratie occidentale dans laquelle paradoxalement les Juifs n’ont pas la liberté de culte.

Voilà ce qui arrive quand un état n’établit pas de séparation claire avec, non pas la religion, mais ses institutions religieuses qui très rapidement, par leur nature, ont une prétention hégémonique.

Le hasard fait que nous sommes en train d’organiser, à Maayane Or, un événement dont j’aurai l’occasion de vous reparler pour Yom Yérouchalaïm, le jour de la commémoration de la réunification de Jérusalem en juin 1967. Nous allons inviter un de mes enseignants, maintenant collègues : le rabbin Gil Nativ. Il faisait partie de la brigade parachutiste qui a combattu pour conquérir la vieille ville de Jérusalem. Il en a été chassé par des fanatiques ultra-orthodoxes en tant que rabbin massorti un jour de Ticha béAv dans les années 90. Et il a souvent participé aux rassemblements en soutien aux femmes du mur avec ses camarades et frères d’armes, sous le slogan : « ce n’est pas pour ça que nous avons combattu ».

Son exemple nous inspire et nous oblige. Nous ne cèderons pas. Nous ne baisserons pas les bras. Nous n’accepterons pas de laisser Israël abandonner ses valeurs de pluralisme, de liberté de conscience et de rassemblement de toutes les composantes du peuple Juif.

Car nous sommes religieux.

Et que nous lisons les textes.

Et dans la paracha Terouma que nous lirons ce chabbat, hommes et femmes réunis à la synagogue, nous trouverons encore cette mitsva, ce commandement de rassemblement de tous le peuple Juif autour d’un objectif : construire un sanctuaire pour la présence divine.

Chabbat chalom et à la semaine prochaine !