Pour une relecture militante

05 décembre 2025 - 10:00 - 1458 vues

Rabbin David TOUBOUL

Bonjour à tous,

J’ai souvent, ici même, polémiqué contre la pensée woke et ses excès. Les démonstrations de vertu dégoulinantes de bonnes intentions, les culpabilités collectives, les concepts fumeux dans lesquels on voit du racisme et du sexisme « systémiques » partout dans la société, les accusations publiques sans contradiction, les relectures de l’Histoire, les déboulonnages de statues, tout cela était suffisamment ridicule et absurde avant de se fourvoyer et discréditer totalement au nom d’une « convergence des luttes » qui voudrait qu’on ne dénonce pas les crimes d’un « racisé » sous prétexte de ne pas alimenter le racisme.

Ce qui n’est ni plus ni moins que du racisme.

Et pour finir la non-dénonciation ou la négation des crimes commis par le Hamas au nom de la soi-disant solidarité avec la lutte du peuple palestinien… tout cela n’est pas ma tasse de thé philosophique, idéologique, sans même parler de politique.

MAIS (car oui, il y a un mais) j’estime néanmoins que cette vague de bien-pensance un peu niaise, brouillon et anarchique possède aussi ses bons côtés.

La lutte contre l’homophobie, malgré ses excès, est devenue aujourd’hui un acquis dont notre société peut s’enorgueillir. Je suis assez vieux pour avoir connu un temps où les discriminations et les insultes contre les homosexuels étaient monnaie courante et n’étaient pas punis par la loi. Si l’éveil des consciences face à cette injustice a été possible, on doit le mettre au crédit de la vague appelée « pensée Woke ».

J’ajoute que le renouveau du féminisme, et de la lutte contre les inégalités salariales rentrent aussi dans cette catégorie.

Il en va de même pour la lutte contre les VSS (les violences sexistes et sexuelles). Si par différents moyens on lutte contre l’insécurité des femmes, le harcèlement de rue, les violences conjugales, le sentiment d’impunité face aux agressions sexuelles et au viol, MALGRE SES EXCES (et je sais que je ne vais pas me faire que des amis, peut-être qu’un rabbin ne devrait pas dire ça, mais je l’assume) MALGRE SES EXCES, le mouvement Woke pourra dire qu’il a eu des effets positifs sur la société.

Toute cette longue introduction pour vous parler… de la paracha de la semaine, Vayichlah. Dans laquelle on trouve un épisode douloureux et peu glorieux de la Torah. Le viol d’un personnage féminin discret et énigmatique : Dina, la sœur des douze frères.

La seule sœur de la fratrie !

Je n’ai pas le temps, dans ce format, d’analyser tous les détails de l’histoire, mais disons simplement que dans cette histoire, il y a une victime et un agresseur. Et que de manière malheureusement assez « classique », dans la Torah écrite comme orale, c’est la victime qu’on blâme et qu’on rend responsable de ses malheurs, alors que l’agresseur est puni non pas pour son forfait vis-à-vis de la femme, mais parce qu’il a déshonoré une famille d’hommes.

Dans le Midrach (Berechit Rabba), Dina est coupable d’avoir voulu sortir pour voir les filles du pays ce qui est considéré un comportement inconvenable pour une jeune fille. On lui invente aussi un manque de pudeur, dont le texte ne fait pas état. Ou encore elle n’est que l’instrument sur lequel s’abat une punition destinée à ses parents !

Tout cela était peut-être supportable à certaines époques et dans certaines aires géographiques.

Ça ne l’est plus aujourd’hui.

Ça ne doit plus l’être.

On ne doit plus enseigner, à la synagogue, dans les Talmudé Torah, dans les écoles juives, que Dina est coupable d’avoir été violée car la place d’une femme est à la maison, qu’elle ne doit jamais sortir seule, ou en tenue légère.

On doit enseigner que les seuls vrais coupables dans les affaires d’agression sexuelle sont… LES AGRESSEURS.

Et que les victimes, hommes, femmes ou enfants, doivent être entendues, soutenues, aidées, et qu’elles méritent que leur soit rendu JUSTICE (tsedek).

Car, et c’est je crois la principale leçon de la paracha, si les victimes ne rencontrent que passivité et silence de la part de l’entourage et de la société, on ne doit pas compter sur l’oubli ou le pardon.

On ne peut que s’attendre, tôt ou tard, à une explosion de violence.

Chabbat chalom, et à la semaine prochaine !